L’hôtel Salomon de Rothschild


L'hôtel Salomon de Rothschild est construit sur les lieux qu'occupait autrefois, près de la barrière du Roule, la « Folie Beaujon », fastueuse résidence campagnarde que Nicolas Beaujon, banquier à la Cour de Louis XVI, fit construire en 1784 par Nicolas Girardin. Le domaine, orné de pièces d'eaux et de « fabriques » dans le goût de l'époque, s'étendait alors jusqu'aux Champs-Elysées. Beaujon fit également édifier par Girardin sur sa propriété, la chapelle Saint-Nicolas, chapelle auxiliaire de Saint-Philippe du Roule et qui servait de chapelle à l'hospice édifié plus loin sur la rue du Faubourg Saint-Honoré.

Après la mort de Beaujon, la propriété tomba aux mains de spéculateurs qui y aménagèrent, sous le Directoire, un lieu de divertissement avec des guinguettes, des boutiques et des attractions comme les « montagnes françaises », ancêtres de nos montagnes russes qui connurent un grand engouement jusqu'en 1824. L'ensemble fut ensuite loti sous le nom de « quartier de la Chartreuse ». Balzac, peu de temps avant son mariage avec Eve Hanska en 1846, y fit l'acquisition d'une maison édifiée perpendiculairement à la Folie. Il ne vécut que six mois dans cette maison qu'il avait fait richement décorer et meubler et qui englobait alors la chapelle Saint-Nicolas.

Dès 1873, après la mort de son époux Salomon de Rothschild, fils de James, le fondateur de la branche française, la baronne Adèle (1843-1922), petite fille du fondateur de la branche napolitaine, Carl Mayer, s'intéressa à l'ensemble des terrains et édifices de l'ancienne propriété de Beaujon. Elle confia, en 1874, à l'architecte Léon Ohnet, la construction de l'hôtel après avoir fait raser la Folie. Ohnet puis, à sa mort, son élève, Justin Ponsard, édifièrent sur le terrain une construction néo-classique dans le goût de l'architecture de la fin du XVIIIème siècle. Les travaux s'achevèrent en 1874. L'intérieur fut aménagé somptueusement pour accueillir les collections réunies du baron Salomon et de sa veuve : pièces de mobilier et objets d'art de la Renaissance au XVIIIème, collections de porcelaines, d'art oriental, d'armes, de curiosités diverses. En 1882, à la mort d'Eve Hanska, la baronne acquit la maison de Balzac et la chapelle pour agrandir le parc de son hôtel. Elle les fit abattre et construisit, à l'angle de sa propriété, une rotonde, dont la silhouette n'est pas sans rappeler la coupole de l 'ancienne chapelle dont les vestiges furent inclus également dans l'aménagement du parc.

L'hôtel reprend plusieurs des éléments architecturaux contenus dans d'autres résidences de la famille, notamment la disposition du hall avec sa galerie en encorbellement, la cheminée monumentale de style Louis XIV que l'on retrouve à Ferrières. Un travail particulier a été effectué sur les éclairages zénithaux qui éclairent le hall, la galerie qui conduit à la salle à manger et le jardin d'hiver, dont les proportions modestes sont amplifiées par un jeu astucieux de miroirs. Le peintre Léopold Moulignon qui assurait la décoration intérieure de l'hôtel s'inspira de décors italiens (colombes, fontaines, rameaux de laurier, .) appliqués sur des fonds dorés qui donnent une impression de mosaïque.

A sa mort, la baronne Salomon de Rothschild légua son hôtel et ses collections à l'Etat, laissant au Musée du Louvre la faculté de choisir les pièces les plus remarquables et en exprimant le vou que l'hôtel devienne une « Maison d'art » accueillant expositions, réunions d'artistes, fêtes et ventes de charité au profit des artistes. C'est à l'occasion d'une de ces manifestations que le Président Paul Doumer fut assassiné par Gourgoulov, le 6 mai 1932.

Les étages accueillirent la bibliothèque d'art et d'archéologie léguée à l'Etat par Jacques Doucet, en attendant son transfert dans le nouvel institut d'art de la rue Michelet, puis le cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, puis, avant la création du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, l'administration et les expositions du Centre national d'art contemporain.

La propriété de l'hôtel Salomon de Rothschild a été transférée des Domaines à la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques, lors de sa création le 6 décembre 1976.

De l'hôtel Salomon de Rothschild subsistent, outre les très beaux volumes d'accueil et l'escalier d'honneur, la galerie qui surplombe le hall, ornée de verdures d'Aubusson du XVIIIème siècle, un plafond (non visible actuellement) signé de Bocquet, peintre de l'hôtel des Menus plaisirs, récupéré de la Folie Beaujon, les vestiges de la chapelle Saint-Nicolas, la rotonde Balzac qui conserve une paire de portes de la maison de Balzac et le cabinet de curiosités.

Ce cabinet que l'on retrouvait dans d'autres demeures Rothschild abrite ce qui reste des riches collections de l'hôtel dont une importante série de vitraux du Moyen-Age et de la Renaissance d'origine suisse et allemande, une collection de jades et d'objets d'art décoratif ou de curiosité extrême-orientaux, des pièces des XVIIème et XVIIIème siècles (mobilier, objets, tableaux) ainsi qu'une collection d'armes européennes et de diverses provenances. La pièce est aménagée dans le goût et dans l'esprit de la fin du XIXème siècle (boiseries sombres, cuirs de Cordoue, .).

Des visites conférences autour du cabinet et de l'Hôtel de Rothschild peuvent être organisées sur demande pour des groupes n'excédant pas 25 personnes : Participation : 8 € / personne.

Pour plus de renseignements, merci de contacter les services de la Fondation au 01.45.63.59.02