La Maison nationale des artistes

La Maison est installée dans les deux demeures des XVIIème et XVIIIème siècles léguées par les sours SMITH.

A cette époque, Nogent était un village à l'est du domaine de chasse de Vincennes. Nobles et bourgeois y avaient fait construire, sur les coteaux dominant la Marne, des demeures de plaisance dont les jardins s'étendaient jusqu'à la rivière.

La maison la plus ancienne semble être celle située 16, rue Charles VII. Construite sous Louis XIV, elle appartenait à Charles LE CLERC du TREMBLAY, parent du célèbre père Joseph. Cédée à la famille CAMUS des TOUCHES, la demeure est embellie. De cette époque, datent notamment les bas-reliefs représentant sur la façade et le vestibule, des trophées militaires, des renommées et un épisode de la carrière des maîtres des lieux : le passage du Rhin en 1688 que l'on retrouve sur la porte Saint Denis à Paris. Les frères Camus des Touches occupent en effet d'importantes charges dans l'armée royale ; tous les deux sont chevaliers de Saint-Louis, l'un est contrôleur de l'artillerie, l'autre capitaine général des bombardiers et commandant des places de Haute et Basse Meuse.

Le domaine sera ensuite acquis par des ecclésiastiques : l'abbé SECOUSSE, curé de Saint-Eustache qui fait planter un vaste jardin d'agrément autour de la propriété, puis l'abbé ARNAULT de POMPONNE, fils du ministre de Louis XIV, parent du Grand Arnault et de la supérieure de Port-Royal. Nommé ambassadeur à Venise puis Garde des Sceaux, il instituera à Nogent la confrérie des chevaliers de l'Arc.

La propriété sera rachetée à la veille de la Révolution par un banquier d'origine néerlandaise, VANDENYVER, homme d'affaires de la comtesse du BARRY, qui sera guillotiné comme elle, le 18 frimaire de l'an II.

Longtemps, il sera dit que WATTEAU fut l'hôte de ces lieux où il serait mort en 1721.

Le père de Jeanne et Madeleine SMITH, Jules SMITH, greffier en chef du département de la Seine, petit-fils d'un citoyen anglais établi en France, inventeur à ses heures et beau-frère d'Hubert DROUAIS, peintre du roi, acquit la demeure du 16, rue Charles VII en 1860. Après sa mort, sa veuve, née Léontine LESOUEF, issue d'une illustre famille de fondeurs et d'orfèvres, acheta la demeure du 14 en 1895. Les deux sours occupèrent les deux demeures remises au goût du jour : Jeanne, le 16 et Madeleine, le 14, avec son époux Pierre CHAMPION, fils de l'éditeur du quai Malaquais, chartiste, spécialiste du Moyen-Age et de la Renaissance, devenu maire de Nogent. Madeleine, peintre, élève de HENNER, y installa son atelier.

Les deux maisons d'allure classique se déploient sur deux ailes encadrant chacune un corps central surmonté d'un fronton. L'ensemble repose sur un soubassement de meulières. Deux perrons donnent sur un parc à l'anglaise de 10 ha classé dans les années 1910.

C'est le domaine que les sours SMITH léguèrent à l'Etat au sortir de la deuxième guerre pour y installer une maison de retraite pour artistes et écrivains. Le peintre Maurice GUY-LOE, élève de CORMON et de Raphaël COLLIN, consacra sa vie à y installer les premiers artistes, à l'équiper, à l'agrandir et à le doter d'installations nouvelles (ateliers, salle d'exposition) et à y animer une joyeuse communauté d'artistes parmi lesquels figurèrent les peintres MAZO, JODELET, PY, MARTY, VAN HASSELT, les sculpteurs GIMOND, BENNETEAU, PETERSEN, l'affichiste Paul COLIN, ainsi que des essayistes et critiques d'art comme Tristan KLINGSOR, BIZARDEL ou Marcel ZAHAR.